Extraits de mes 5 romans

 

 

Les morsures de l'âme, tome 1

 

Les morsures de l’âme (Tome 1)

 

 

Premier extrait

« Les bras croisés devant elle, adossée contre une jaguar grise, une belle jeune femme aux cheveux couleur champagne attendait au bord d’une route poussiéreuse. Quand elle vit une camionnette blanche se garer près de la sienne, elle se redressa et attendit patiemment que le conducteur la rejoigne. Celui-ci tenait une grande enveloppe brune dans la main.

- Ce sont les photos, je suppose, fit-elle en la lui prenant.

Billy n’émit aucune protestation et gardait un œil sur celle que la jeune femme avait posé sur le capot de sa voiture.

- Celle-là est pour moi ! En conclut-il en s’approchant.

La jolie blonde plaqua une main sur l’enveloppe, un sourire dominateur sur les lèvres.

- Laissez-moi vérifier que le travail a été fait correctement ! Suggéra-t-elle en sortant le contenu de l’enveloppe, ce sont les bonnes bêtes, j’espère ! Il ne suffirait pas de brûler n’importe quelles vaches pour nous faire croire ensuite que ce sont celles que nous avons empoisonnées !

- Mais non, m’dame ! On a juste récupéré les carcasses pendant leur transport vers le laboratoire, expliqua Billy, c’était un jeu d’enfant !

- Parfait !

La jeune femme retira sa main de l’enveloppe et Billy ne se fit pas prier pour compter son argent. Il releva le nez d’un air mécontent.

- On avait dit cent mille dollars, pesta-t-il en agitant la liasse de billets, où est le reste ?

- Quand le travail sera terminé, répondit la jolie blonde, on avait un accord, il me semble.

Billy ne paraissait pas du même avis. Il remit l’argent dans l’enveloppe et la balança à la figure de la jeune femme.

- Cinquante mille dollars pour les bêtes et cinquante mille autres pour polluer les puits ! Voilà ce qui était convenu ! S’écria celle-ci, furieuse, un contrat est un contrat !

- Mon coéquipier refuse de faire le reste, avoua enfin son interlocuteur, et seul, je n’y arriverais pas. On a déjà failli se faire avoir au ranch.

- Et bien, soit vous changez de coéquipier, soit vous vous contenterez de cette enveloppe ! Lui proposa la sulfureuse blonde, sinon je chercherais quelqu’un d’autre qui aura les couilles de faire ce boulot !

Billy reprit violemment l’enveloppe puis pointa un doigt menaçant vers la jeune femme.

- Vous avez intérêt à ce que le fric soit là !

Il fonça rageusement vers sa camionnette. Quand le véhicule fut assez loin, la jeune femme sortit son portable puis composa un numéro.

- Bonjour monsieur ! C’est Lisa !

- « Qu’en est-il ? »

- Il va le faire.

- « Il est temps de passer à la suite ! »

- Je m’en occupe. »

 

Second extrait

« Lee Carter, second adjoint au maire, se préparait à partir rejoindre des amis pour sa partie de poker hebdomadaire. La nuit commençait à tomber quand il voulut grimper dans sa superbe décapotable mais deux grands phares blancs s’allumèrent directement dans sa direction, l’aveuglant totalement.

- Qui est là ? Demanda-t-il en plissant les yeux.

Il aperçut une ombre descendre de véhicule et venir vers lui.

- Oh mince, c’est toi ! Fit-il, je ne savais pas que tu étais dans le coin.

Voyant que son interlocuteur ne disait toujours rien, il fronça légèrement les sourcils.

- Que se passe-t-il ?

Le silence commençait visiblement à l’exaspérer et il voulut ruminer quand l’autre sortit un couteau de sa poche.

- Oh mais…qu’est-ce que tu fais ? Fit-il en reculant de peur, si c’est à cause de ce qui s’est passé au collège, je n’ai rien dit…jamais je ne le ferais…

Mais, très peu convaincu, l’autre avançait lentement vers lui, tenant l’arme fermement dans une main.

- Arrête ! Si tu cherches à me faire peur, c’est réussi ! Pleurnicha Lee qui trébucha sur le trottoir et vint s’affaler sur le bitume. 

L’autre en profita pour se jeter sur lui et planta la lame dans son ventre à plusieurs reprises, étouffant les cris de sa victime de son autre main. Le visage caché par la pénombre, l’inconnu essuya le sang de son arme sur le pantalon de sa victime et fonça vers sa voiture. Des crissements de pneus se firent entendre alors que le silence reprenait place dans la petite rue. »

 

Les morsures de l'âme, tome 2

 

 

 Les morsures de l’âme (Tome 2)

 

 

Premier extrait

« Ce fut donc ébloui par les gyrophares de la police qu’Elliot arriva sur le lieu indiqué par son frère. L’endroit grouillait de policiers, les voitures barraient négligemment la route. Mais le rancher ne se démonta pas et décida de finir le reste du chemin à pied. Quand il aperçut le véhicule abandonné, sur le bas côté de la route, il marcha plus vite dans sa direction.

Alan se planta devant lui, le visage blafard.

- Non Elliot ! Ne reste pas là ! Lui conseilla-t-il en le repoussant du mieux qu’il pouvait.

Mais le rancher n’entendait, ni ne voyait plus personne. Il scrutait la voiture garée en travers du chemin, les portes grandes ouvertes. Malgré tous les efforts que pouvait fournir Alan pour lui barrer la route, il réussit à passer. Ce ne fut qu’à ce moment précis qu’il vit une main au sol. Quelqu’un était allongé près de la voiture.

Désormais il courait, le cœur martelant sa poitrine à un point vertigineux. Les hommes autour de lui étaient devenus des ombres passantes, les bruits ne faisaient que ricocher lentement dans ses oreilles. Il arriva enfin devant le corps étendu sur le sable. Sa respiration se coupa aussitôt. Le bruit, les voix, les conversations radios entre chaque policier refirent surface comme un mur de béton qui venait de le frapper de plein fouet. Essoufflé, il découvrit son fils allongé, la poitrine brûlée, le visage entièrement détruit et méconnaissable. La couleur de ses cheveux était à peine visible, tachée par le sang qui s’échappait de sa tête. Mais c’était ses vêtements, sa montre, son portable. Il n’y avait plus de doute possible.

Elliot fléchit sous son poids pour finir à genoux près de ce corps sans vie. Il avait horriblement mal, dévoré par une douleur sans nom. Jamais il n’avait ressenti pareille souffrance. Alan et Tom, tous deux bouleversés par cette affreuse image, décidèrent d’un commun accord d’aider le rancher à se relever. Ils l’éloignèrent doucement alors que le médecin-légiste venait d’arriver. »

 

Second extrait

 

« David proposa aux deux hommes de faire un peu de bruit pour attirer le géant vers eux. Ils s’étaient réfugiés devant le vieil ascenseur pour se concerter afin de ne pas se faire repérer.

- Je ne sais pas si tu es au courant mais ce type est un véritable assassin ambulant, remarqua Alan, contrarié.

- Vous avez bien une arme ! Lança le jeune Cole, alors, je l’attire ici, vous le visez et le tour est joué !

L’ancien shérif leva les yeux au ciel.

- Ah ces jeunes ! Marmonna-t-il presqu’à lui-même, d’abord, nous sommes dans une vieille mine et je ne peux pas te garantir que les galeries seront assez solides pour résister à la vibration de la détonation. Ensuite, viser, c’est bien gentil mais il fait sombre et je pourrai tout aussi bien te tirer dans les fesses.

- Oh !

- Oui oh ! Répéta Alan en poussant un soupir exaspéré, mais je dois avouer que nous n’avons pas beaucoup d’options, surtout que notre homme est lui aussi armé.

Pendant qu’ils s’échinaient à trouver un moyen de neutraliser le géant, Elliot avait fouiné un peu partout autour de lui. Ainsi, il avait trouvé un vieux pic de mineur et une masse.

- Les manches sont un peu abîmés mais ça fera l’affaire, déclara-t-il en montrant ses trouvailles.

Il y eut un court silence puis Alan leva la tête vers David.

- Si tu comptes faire du bruit, c’est maintenant !

Il était désormais impossible de faire marche arrière. D’ailleurs, aucun des trois hommes ne comptait reculer. Le jeune Cole balança une pierre en plein dans les charnières rouillées, provoquant ainsi, un bruit qui retentit comme un écho dans la galerie. Les pas lourds du géant se firent entendre dans le long couloir qui les menait jusqu’à eux. Elliot et David étaient postés discrètement de chaque côté du tunnel tandis qu’Alan s’était caché derrière un monceau de pierre, son arme à la main.

Cela semblait un plan parfait pour piéger Paulo mais ce dernier n’était pas dupe. Il avançait lentement, écoutant d’une oreille attentive le moindre bruit, éclairant son chemin du faisceau lumineux de sa lampe. Dans son autre main, il tenait fermement son arme, prêt à tirer sur son ennemi.

Le géant n’avait plus qu’un pas à faire pour pénétrer dans l’autre galerie. L’angoisse montait rapidement. Ce n’était plus le moment d’hésiter ni de se poser des questions. David fut le premier à se montrer face à son ennemi, le frappant violemment avec la masse. Ensuite Elliot en fit de même avec le pic cassé qu’il tenait fermement. Paulo se courba de douleur sous les coups, échappant la lanterne. Il était néanmoins très fort et se releva d’un trait, pointant son arme vers eux et vida son chargeur dans le noir total. »

 

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Le Sabre de Bès

 

 

 

Premier extrait

 

« Lafayette, Indiana, deux heures du matin. 

 

 Poussant son vieux caddie rouillé et bruyant, le clochard avait déjà repéré les poubelles bien garnies de Main Street. Il savait que les restaurants jetaient plus qu’il n’en avait besoin et qu’il devait se dépêcher à cause de la chaleur qui régnait dans la ruelle étroite. L’odeur des cartons de pizzas, des plats italiens cuisinés et balancés à même la poubelle commençait à lui titiller les narines. D’une main tremblante par l’excitation et la faim, il retourna le contenu et prit ce dont il avait le plus envie. Pour lui, c’était la fête. Il se servait allégrement et remplissait son caddie de petites choses toutes aussi appétissantes les unes que les autres. L’enseigne lumineuse verte et blanche éclairait sournoisement l’arrière du restaurant, permettant au vagabond d’avoir une vue parfaite.

Au bout de quelques minutes, il fut distrait par une ombre furtive qu’il aperçut sur le mur devant lui. Effrayé, l’homme se retourna d’un trait et scruta l’endroit, la respiration haletante. Il n’y avait personne. Le temps de reprendre un souffle normal, il poussa un soupir de soulagement et reprit ses activités, choisissant toutefois de ne pas traîner. L’ombre réapparut mais demeura sur place. Le clochard virevolta sur lui-même pour voir qui était derrière lui mais la ruelle demeurait étrangement déserte.

La peur primant sur la faim, le mendiant fit face aux poubelles pour saisir son caddie et s’enfuir mais l’ombre était encore là. Elle se déplaçait insidieusement dans le mur lui-même. Enfin, une forme se dessina distinctement, sortant de la pierre comme le prédateur émergeant de sa tanière. La silhouette d’une femme légèrement vêtue d’une tunique blanc nacré lui fit face. Le clochard fut d’abord paralysé par un effroi sans nom puis bientôt, ses membres se raidirent douloureusement. Il ne pouvait plus parler ni bouger. Son corps fut projeté au sol, faisant craquer ses os au contact du bitume. »

 

Second Extrait 

« Sa main tremblait quand il fouilla dans sa poche pour prendre les hiéroglyphes que son fils avait griffonnés. Bès avait consenti à lui donner les symboles manquants ainsi que l’emplacement de ceux qui ne se distinguaient pas à l’œil nu. Le vieil archéologue posa la pointe du sabre sur le bras brisé de la statue. Un hiéroglyphe apparut soudainement, scintillant vivement. Comme indiqué sur le papier qu’il tenait, Joseph suivit lentement les courbes du bras pour remonter vers la coiffe. Dans le sillon qu’il traçait avec la lame, des symboles apparaissaient au fur et à mesure, illuminant la statue. Il stoppa le sabre au niveau des serpents qui se trouvaient côte à côte sur le mortier rond en pierre et attendit que l’œil de Râ émerge sur le front.

L’œil divin se montra enfin. Un grondement sourd se fit entendre derrière la statue. Le sol trembla sous leurs pieds tandis que les pierres entassées s’écartèrent dans un vacarme assourdissant. Une cavité se dévoila enfin telle une bouche géante, descendant dans les profondeurs de la terre.

- C’est maintenant ou jamais ! Hurla Joseph pour se faire entendre dans ce brouhaha.

Il passa le premier d’un pas vif, suivi des deux autres et bravement, les trois hommes pénétrèrent dans la grotte. Une fois à l’intérieur, les pierres se refermèrent sur eux.

- Et ça, c’est normal ? S’inquiéta Chester en fronçant les sourcils.

- Oui, confirma le vieil archéologue en soufflant un peu, seigneur, ce n’est plus de mon âge.

- Mais encore ? Insista le policier, est-ce qu’on va pouvoir ressortir d’ici ?

Joseph prit le temps de reprendre un semblant de respiration tandis que Takano inspectait les lieux, à la recherche d’une torche.  

- Il y a une autre sortie un peu plus bas, finit par dire le vieux Campbell en désignant un tunnel, Bès devrait nous y rejoindre.

Le jeune asiatique revint vers eux avec un flambeau.

- Ça sent mauvais, ce truc, grimaça-t-il, vous êtes certain que ça fonctionne encore ?

- Si mes souvenirs sont bons, le tissu a été trempé dans un chaudron de soufre, de salpêtre et de résine, déclara Joseph en sortant un zippo de sa poche, il suffit d’une petite flamme et…

Le tissu s’embrasa dans un léger crépitement, réveillant le mélange qui y sommeillait pour laisser place à une flamme frétillante.

- Et voilà !

Désormais, les parois étaient visibles. Elles semblaient recouvertes de fresques peintes de couleurs vives et de symboles, représentant les dieux de la triade.

- Houlà, rassurez-moi, Joseph. Aucune malédiction n’y est inscrite, n’est-ce pas ? S’inquiéta de nouveau Chester.

L’archéologue observa longuement les dessins qui s’étendaient sur toute la surface de la cloison.

- C’est un message pour les générations futures, observa-t-il en fronçant les sourcils, ça parle aussi de nous.

- Comment ça, de nous ? S’angoissa aussitôt le lieutenant de police.

Joseph ne put réprimer un sourire.

- Auriez-vous peur, Chester ? Laissa-t-il entendre sans quitter la paroi du regard, ça ressemble plus à un simple conseil qu’une malédiction. Apparemment, seuls les êtres purs ou ayant connu le deuil peuvent pénétrer dans cet endroit.

Il se retourna vers les deux hommes avant de poursuivre.

- Les Egyptiens considéraient la perte d’un être cher comme une épreuve si pénible que le cœur ne pouvait que devenir meilleur.

- Ou sombre, corrigea Takano d’un ton amer, s’ils voyaient les malades qui courent dans nos rues, ils changeraient vite d’avis. 

Le plus âgé haussa légèrement les sourcils.

- Je soupçonne Michael de déteindre sur vous, remarqua-t-il, c’est exactement ce qu’il m’a dit quand je lui ai parlé de certaines croyances anciennes. Je me souviens que certaines le faisaient rire. »

 

Tome1nouveau

 

L’instruction du cœur 1

 

 

 

Premier extrait

 

« Les Prescott possédaient une superbe villa dans les quartiers chics de Pasadena. C’était dans cette résidence qu’ils passaient tous leurs week-ends entre grandes réceptions et cocktails, organisés par Kate Prescott elle-même.

Taliah ne connaissait que trop bien cet endroit et se maudissait de devoir y retourner. Mais elle n’avait pas le choix. Sa seule consolation était que la famille recevait du monde et Alan avait tendance à se comporter en gentleman pour complaire à ses parents. L’image que les Prescott voulaient donner ne devait être ternie sous aucun prétexte. John était très strict à ce sujet. En cas d’écart, il réparait les bévues de son fils.

Taliah sentit un léger frisson la parcourir quand elle arriva devant la grande allée. Avait-elle peur ou était-ce les neuf heures de route ? Elle ne devait pas reculer, pas si près d’être vraiment libre.

Comme elle s’y était attendue, une file de voitures bordait les pavés blancs. La famille recevait du monde. Prenant une profonde aspiration, la jeune femme appuya sur la sonnette. Maurice, le majordome, ne tarda pas à ouvrir la grande porte en bois massif.

- Bonsoir Maurice !

Le maître d’hôtel eut un mouvement de recul en reconnaissant le visage de la visiteuse.

- Mademoiselle Taliah ! Fit-il, avec un sourire qui s’effaça aussitôt, ce n’est pas bon pour vous d’être venue.

- Je n’ai pas le choix, avança la jeune femme en grimaçant, il semblerait qu’Alan fait tout son possible pour me rendre la vie insupportable.

Elle sortit l’enveloppe de son sac et l’agita sous le nez du majordome.

- Je veux qu’il signe ceci ensuite, Maurice, je n’aurais plus aucune raison de revenir, croyez-moi !

Il hésita longuement avant de la laisser passer. Une fois à l’intérieur, Taliah chercha la silhouette de son ex-mari. Ses jambes se mirent à trembler quand elle l’aperçut au bar, un verre de champagne à la main. Comment avait-elle pu tomber amoureuse d’un homme aussi méprisable ? Il était visiblement soûl, affichant un sourire faux sur son visage, riant à gorge déployée devant une jeune et jolie blonde au décolleté échancré.

Taliah ne se démonta pas et fonça littéralement vers lui, sentant ses membres se ramollir à chaque pas. Elle avait oublié à quel point il était grand, avoisinant les deux mètres. Il parlait en agitant les mains. Ces mêmes mains qui lui avaient infligé tant de douleur et de crainte. Elle revoyait son regard furieux quand il la frappait, son rictus au coin des lèvres. C’en était trop. La jeune femme ne pouvait pas aller plus loin. Prise de panique, elle virevolta sur elle-même et fit le chemin inverse. Arrivée à la hauteur du corridor, elle sentit qu’on lui attrapait le bras avec violence.

Alan venait de la plaquer contre le mur sans ménagement.

- Tu es venue me voir, ma chérie, railla-t-il, en la détaillant de bas en haut, je n’y croyais plus.

- Lâche-moi ! Le supplia-t-elle, terrifiée.

- Tu es enfin sortie de ton trou, mon ange, continuait le géant d’une voix faussement mielleuse.

Plus la jeune femme se débattait, plus les doigts se refermaient sur son bras.

- Je ne suis pas ton ange, rétorqua-t-elle d’emblée.

- Il fut un temps où tu aimais que je t’appelle ainsi.

- C’était avant que tu ne montres ton vrai visage, lâcha Taliah avec froideur. 

Pas le moins du monde blessé, il baissa les yeux sur l’enveloppe qu’elle tenait encore.

- Mais bien sûr ! Il n’y a que ça qui puisse te faire réagir, n’est-ce pas ? Pesta-t-il alors que ses pupilles bleues affichaient une étincelle de colère, tu as quelqu’un d’autre et tu veux ta liberté.

Taliah ne pouvait plus retenir ses larmes. Elle sentait les doigts se resserrer, lui rappelant sinueusement les blessures du passé. 

- S’il te plaît ! Laisse-moi !

- Tu n’appartiendras jamais à un autre que moi ! Décréta Alan, ignorant volontairement les supplications de la jeune femme, je vais te pourrir la vie, Taliah. Je tuerai le premier homme qui osera te toucher.

Coincée dans le long couloir d’entrée, elle se sentit soudainement prisonnière. Il la bloqua de tout son poids contre le mur en saisissant son autre bras et tenta de l’embrasser. Affolée, la jeune femme se débattit sans trop de succès. Ecrasée par cette masse musculaire, elle n’arrivait presque plus à respirer. Le peu de son qui sortait de sa bouche était couvert par la musique incessante de la fête.

La peur primant sur le reste, elle le mordit fortement dans le cou. Il recula d’un trait, encore plus furieux, et la frappa du revers de la main. Taliah perdit l’équilibre sous le choc et s’affala sur le sol. Une vision d’horreur lui revint en mémoire. Ce n’était pas la première fois qu’elle tombait sous la force de ses poings, qu’elle se tortillait au sol quand il  continuait à la rouer de coups. Elle ne voulait pas revivre ces moments horribles, ni repenser à cette affreuse journée où, de ses violents coups de pieds, il avait tué la vie qu’elle portait en elle.

Avec l’agilité qu’elle avait acquise pendant ces quatre semaines d’entraînement, elle se redressa rapidement et courut vers la sortie en poussant volontairement un petit meuble. La chute de ce dernier attira l’attention de certaines convives et, par la même occasion, stoppa son agresseur dans son élan.

L’enveloppe fermement maintenue dans une main, Taliah atteignit l’entrée sans difficulté. Elle tremblait de la tête aux pieds, pleurait tout en essayant d’ouvrir l’immense porte, jetant des regards inquiets derrière elle.

- Laissez-moi faire ! Proposa Maurice qui tourna la poignée sans la moindre difficulté, dépêchez-vous de fuir, mademoiselle Taliah.

Un conseil que la jeune femme n’hésita pas à suivre une fois à l’extérieur. Elle avait réussi à courir avec des sacs lourds sur le dos et put apprécier la légèreté avec laquelle son corps fendait le vent alors qu’elle s’éloignait rapidement de la villa des Prescott. »

 

Second extrait

« Avec un malin plaisir, Rob prenait son temps pour soigner la blessure. Il parlait constamment, de lui, de son métier, des gens de Payson, mais sa conversation était à sens unique puisque la jeune femme se contentait de sourire en guise de réponse.

- Fermez les yeux ! Lui dit-il en sortant un stéristrip, et ne bougez surtout pas.

Il se pencha sur elle, si près qu’elle pouvait sentir son souffle. Une sensation qui l’embarrassa quelque peu. Pourtant Rob était doux dans ses gestes et faisait vraiment le maximum pour être agréable. Il installa le pansement délicatement sur la plaie.

- Laissez-moi voir votre épaule maintenant ! Fit-il, en se redressant.

Pour cela, Taliah devait retirer son tee-shirt et cette simple idée la fit grimacer. Quand le jeune homme tendit la main vers son bras, elle fit un mouvement de recul.

- Ça va aller, merci, dit-elle, ce n’est pas si douloureux.

Le blond la scruta un court instant, sourire aux lèvres.

- J’ai déjà vu des femmes en soutien-gorge, remarqua-t-il d’un air taquin, dans le cadre de mon travail j’entends, et je me suis toujours comporté en gentleman. Cela dit, elles n’étaient pas toutes aussi jolies que vous.

Taliah se leva lentement, épuisée et courbatue, puis repoussa la chaise contre la table. Elle devait absolument trouver une excuse valable sinon elle allait se retrouver à demi-nue devant lui. Sans compter que le jeune adjoint manifestait ouvertement l’attirance qu’il éprouvait pour elle.  Pourtant Rob était loin d’être désagréable à regarder. Il pouvait aisément plaire à une majorité de femmes avec ses cheveux blonds bouclés, ses yeux azur. Mais la jeune femme ne supportait plus l’idée qu’un homme porte un regard sur elle depuis sa pénible relation avec Alan.

- Ça ne prendra qu’une petite minute, continua Rob en fouillant dans un tiroir, où ai-je mis cette fichue pommade ?

- Te tracasse pas, on a ce qu’il faut à Bridgestone.

Taliah sursauta légèrement en reconnaissant cette voix grave. Levinson était adossé contre le chambranle de la porte, détaillant la scène d’un air détaché. Depuis combien de temps était-il là ?

- Brad ! S’étonna le jeune adjoint, c’est donc toi l’instructeur de cette charmante demoiselle. 

Il y avait une pointe de déception dans le ton qu’empruntait Rob et à la façon dont le sergent le défiait de son regard vert, Taliah en conclut que les deux hommes ne s’entendaient pas.

- Ça pose problème ? Rétorqua Brad en croisant les bras devant lui.

- Non, pas du tout ! Mais ce serait bien si tu pouvais convaincre miss Archer de porter plainte, remarqua le policier en levant une main vers le front.

Il glissa instinctivement l’index sur le pansement pour le remettre en place puis baissa les yeux sur le cou de la jeune femme. Les traces quelques peu violacées de son agression étaient encore visibles et descendaient jusqu’à son épaule douloureuse. Rob souleva la masse de cheveux pour voir jusqu’où s’étendaient les bleus. Taliah se détourna des pupilles bleues du policier, envahie par un sentiment de honte qui lui fit baisser les paupières. Combien de fois avait-elle subi ce genre d’examen pour, au final, revenir encore et encore au point de départ ?

Quand elle rouvrit les yeux, elle distingua la haute silhouette de Levinson qui n’avait pas changé de place, toujours adossé contre la porte, toujours les bras croisés mais quelque chose d’étrange dans les prunelles vertes. Une lueur de colère indéfinissable. Taliah devait vraiment être éreintée pour oser confondre cet éclat de fureur avec une certaine jalousie.

Elle remonta le col de son tee-shirt tout en gardant une main plaquée sur les marques. C’était une fâcheuse habitude qu’elle avait gardé depuis son mariage. Camoufler les violences de son mari aux yeux des autres pour éviter de répondre à des questions embarrassantes.

- J’ai déposé une plainte moi-même, lança le sergent avant de se redresser d’un trait.

Il disparut dans le petit couloir sombre du poste de police. La jeune femme crut mourir de peur à ces mots. Une plainte. Elle avait refusé de le faire pour éviter d’ébruiter son secret. Comment osait-il ?

- C’est bien la première fois que j’approuve une de tes actions, avoua Rob en le suivant.

Celui-ci invita poliment la jeune femme à l’imiter et tous se retrouvèrent dans le bureau du shérif. Garrett tendit une feuille de papier au militaire.

- Voilà un exemplaire de la déposition, fit-il, c’est assez sommaire mais on ne peut pas reprocher au vieux Marken de perdre la boule. Ce vieux fou est encore vif pour son âge.

Brad parcourut les quelques lignes devant une Taliah tendue et complètement désemparée.

- La description du type, lâcha-t-il froidement.

- Un s’il te plaît ne devrait pas t’étouffer, grogna Rob en soupirant, d’après Marken, il était grand, plus grand et plus costaud que toi. Qui l’eut cru ?

Sa dernière phrase fut accentuée par une pointe d’ironie bien marquée. Levinson lui adressa son regard le plus glacial qui eut pour effet de mettre mal à l’aise l’adjoint.

- Les cheveux clairs, une voix cassée, reprit celui-ci comme pour passer à autre chose avant de s’attirer les foudres du sergent, il s’est enfui dans une décapotable grise.

- Suis-je le seul à trouver ça bizarre ? S’enquit Brad en jetant bref coup d’œil vers la jeune femme.

- Non, je suis tout aussi étonné que toi, avoua Garrett, mais c’est tout ce qu’on a, un type qui a dû confondre ta recrue avec une autre femme puisque miss Arsher ne le connait pas.

Le silence qui suivit devint soudainement insupportable pour Taliah qui commençait à appréhender sérieusement une confrontation avec son instructeur.

- Signez ici ! Décréta celui-ci en tendant un crayon à la jeune femme.

C’était le moment pour elle de jouer sa dernière carte.

- Et si je ne suis pas d’accord ! Riposta-t-elle d’emblée, c’est vous qui portez plainte, pas moi.

Cette fois, Levinson se tourna directement vers elle, le regard mêlé de colère et de surprise. Ils se défièrent un court instant puis le militaire se redressa calmement en jetant un rapide coup d’œil à sa montre.

- Parfait ! Je ne suis pas pressé, laissa-t-il entendre en fourrant les mains dans les poches de son jean, quitte à rester devant ce bureau toute la nuit, on ne passera pas cette porte sans votre signature.

Taliah grimaça intérieurement. Même si ça ne se voyait pas, tout ce qu’elle avait réussi à faire était de l’avoir mis hors de lui. Une petite intervention osée qu’elle allait sûrement payer cher à la caserne.

- Tu es vraiment un mufle avec les femmes, mon pauvre Brad, intervint Rob, ça ne m’étonne pas du tout qu’à trente-deux ans, tu ne sois pas encore marié.

- Rob ! Râla le shérif en fronçant les sourcils.

Levinson poussa un soupir suivi d’un léger grognement, signe qu’il n’était plus disposé à en entendre davantage et le message fut très vite enregistré. Taliah en profita pour attraper le crayon et adosser sa signature au bas de la feuille. Il était inutile qu’elle le pousse encore plus à bout, sachant pertinemment qu’elle allait devoir répondre de son comportement.

Au moment de partir, l’adjoint se posta devant la jeune femme et lui tendit une carte.

- Tenez Taliah, voilà mon numéro de téléphone personnel, dit-il en insistant bien sur le dernier mot, appelez-moi quand vous voulez, je serais toujours disponible pour vous. Et si l’envie vous prend de vouloir visiter Payson en toute sécurité, je serai un très bon guide. N’oubliez pas, mon numéro personnel.

- Je crois qu’elle avait compris la première fois, balança Brad en prenant le chemin de la sortie.

La jeune femme prit timidement le petit carton du bout des doigts, embarrassée par la colère qui montait au visage du jeune policier et suivit son instructeur.

- Comment va Kryssy au fait ? Cria Rob alors que Brad s’apprêtait à sortir.

- Bien mieux depuis qu’elle n’est plus avec toi, répondit Levinson en quittant le poste de police.

C’était donc cela leur désaccord. Une femme, pensait Taliah, et pas n’importe laquelle. Kryssy, la fiancée de Levinson. Une femme qui avait sûrement été courtisée par ces deux hommes. Rob ou Brad. Une fois de plus, elle enviait cette Kryssy plus qu’elle n’avait jamais jalousé une personne dans sa vie parce qu’à l’évidence, elle aurait fait le même choix. »

 

Morize4a

 

L'instruction du coeur 2

 

Premier extrait

     La cité d’El Camino Hermoso n’avait jamais connu autant d’effervescence, surtout en pleine nuit. Tous les habitants étaient collés derrière leurs fenêtres, observant la scène avec horreur. Les pompiers balançaient des trombes d’eau sur la maison. Le feu qui commençait à dévorer celle des Carter avait vite été maîtrisé. Ce qui posait problème c’était la voiture, retombée sur le capot, une énorme fuite d’essence qui s’écoulait dangereusement vers la maison d’en face. Une autre explosion était à craindre. Les étincelles que recrachait le feu rugissant venaient s’écraser sur le bitume, non loin du véhicule. L’arrivée d’un second camion augmenta leur chance d’éteindre définitivement le brasier.

Quand les lances d’incendie s’éteignirent enfin, un silence assourdissant régna dans la petite rue. Seuls quelques murmures s’élevaient des maisons avoisinantes. Et les sanglots de Lorna qui ne pouvait détacher son regard humide de la demeure, noircie par les flammes.

Le chef des pompiers donna des ordres clairs. Deux hommes entrèrent dans la maison des Carter, même si ces derniers étaient censés être en vacances et deux autres dans celle de Brad. Un cinquième faisait le tour. Leurs pas étaient accompagnés de craquements. Les grandes baies vitrées avaient littéralement explosé avec la déflagration. Des débris de verre jonchaient la pelouse ainsi que des éclats de tuiles rouges.

- Combien de personnes vivent dans cette maison ? Demanda le chef à l’adresse de la femme de ménage. 

- Deux ! Monsieur Levinson m’a envoyé un message cet après-midi pour me dire qu’il passerait la nuit chez lui, renifla Lorna, c’est ainsi que ça se passe. Je viens le lundi pour nettoyer et je trouve mon chèque accroché sur le réfrigérateur.

Son interlocuteur la détailla en fronçant légèrement les sourcils. Entre son accent espagnol et le tremblement de sa voix, il avait eu beaucoup de difficulté à la comprendre.

- Qui vous a prévenue ?

- Madame Newman… Je crois que c’est elle qui vous a appelé.

Le chef soupira doucement et attrapa sa radio.

- C’est tout le quartier qui a appelé, rectifia-t-il tout bas avant d’appuyer sur le bouton, équipe un, où en êtes-vous ?

- « La maison semble déserte et les dégâts sont minimes. On va jeter un œil à l’extérieur. »

- Equipe deux ?

- « C’est complètement ravagé, surtout du côté de la cuisine. Heureusement que vous avez demandé la coupure du gaz. Il est possible que l’explosion vienne de cette pièce. Le plafond s’est effondré par endroit. »

- Il y aurait deux personnes. 

- « Pour le moment, il n’y a aucun signe de vie. »

- Jimmy ?

N’ayant que pour réponse un grésillement incessant, le chef appela le pompier à plusieurs reprises. 

- « Désolé capitaine, je ne pouvais pas répondre dans l’immédiat. Il y a un homme blessé à l’extérieur. »

- Diagnostique ?

- « Blessure à la tête et une sévère à la jambe. Je viens de lui faire un garrot mais ça saigne encore. »

- « Equipe un, capitaine ! On vient de trouver une femme près du mur mitoyen. Elle est inconsciente. »

 

 

Gordon roulait à vive allure en direction de la cité d’El Camino Hermoso. Ce trajet qui aurait dû lui prendre une bonne vingtaine de minutes ne lui en coûta qu’une dizaine tout au plus. Il avait fait appel à toute son imagination pour dissuader Anna de venir avec lui. Après le coup de téléphone de Lorna, le choc de la nouvelle lui avait valu un affreux malaise. Gordon dut lui promettre de l’appeler très vite. Pourtant, derrière ses airs de celui qui gérait la situation, le haut-gradé était terriblement inquiet. Il espérait intérieurement que la femme de ménage ait un peu brodé la réalité sur les faits.

En arrivant sur East Maryland Avenue, il comprit avec désarroi que Lorna n’avait pas exagéré. Deux camions de pompiers dont un stationné à l’extérieur, une voiture de police et une ambulance bloquaient l’entrée de la cité. Quelques curieux des environs tentaient de voir ce qui se passait dans la rue. Parmi eux, les plus proches voisins de la maison sinistrée et Lorna. Gordon abandonna son véhicule sur le trottoir et courut dans sa direction.

- Oh monsieur, vous êtes là ! S’effondra la femme de ménage, étouffant ses sanglots dans un mouchoir, c’est affreux !

- Avez-vous vu Brad ou…

- Nous n’avons pas le droit d’approcher, coupa Lorna d’un air offensé, ils ont juste voulu savoir combien de personnes étaient à l’intérieur.

Essayant de garder son sang-froid malgré une inquiétude qui grandissait de seconde en seconde, Gordon ne se démonta pas pour autant. Il contourna les véhicules et se fraya un passage au milieu des curieux. Ce fut à cet instant qu’il découvrit avec horreur, le désastre causé par les flammes. Sur la petite route, des hommes tentaient de déplacer une voiture retournée, couverte de mousse. Un policier, calepin et crayon en main, interrogeait les voisins. Dans l’ambulance, un infirmier était penché sur un brancard. Sans attendre, Gordon fonça vers lui mais une main le stoppa dans son élan.

- Restez dans la zone sécurisée, monsieur, intervint un agent de police en lui désignant l’entrée de la cité.

- C’est mon fils, se défendit le haut-gradé en forçant le passage.

Au même moment, deux infirmiers sortaient de la maison en poussant un autre brancard. Nul doute. La corpulence du blessé était bien celle d’un homme. Gordon n’entendait plus le policier qui tentait vainement de le raisonner. Il ne chercha même pas à lui donner d’autres excuses pour sa conduite et fonça à grandes enjambées vers les brancardiers.

- Brad… Brad ! S’écria-t-il sans dissimuler son angoisse.

Un masque à oxygène cachait une partie du visage couvert de bleus et de sueur sale. Le bandage autour de sa tête laissait apparaître une énorme tache de sang qui traversait le tissu. L’un des infirmiers tenait le tube de la perfusion d’où coulait un liquide transparent.

- Dites-moi que ce n’est pas grave, s’inquiéta d’emblée Gordon en suivant les infirmiers jusqu’à l’ambulance.

- Nous l’emmenons au centre médical Healthcare Osborn, répondit celui qui poussait le brancard, je ne peux malheureusement rien vous dire de plus tant qu’il n’aura pas subi de plus amples examens.

Gordon n’avait pas l’habitude d’obtenir des demi-réponses toutes faites pour rassurer les familles de blessés. Il avait connu ce sentiment d’impuissance quand Brad avait été rapatrié d’Irak au cours d’une mission. A Fallujah. Comme il avait pu maudire cette ville qui avait failli lui prendre son fils. Et peut-être encore plus les médecins qui refusaient de lui donner un diagnostique quant à son état. Il baissa les yeux sur le corps inerte et eut un léger sursaut.

 

Second extrait

 

La plupart des recrues n’avaient pas réussi à dormir durant cette première nuit de manœuvres, tandis que d’autres s’étaient littéralement effondrés. Toutes les heures, deux soldats avaient été désignés pour monter la garde. Bishop s’était sentie bien seule depuis le départ de Stacy, mais refusait de lâcher prise, même si les plaintes incessantes de la petite rousse lui manquaient.

Avant même que le soleil ne soit levé, Levinson avait décidé de partir. Il n’avait pas réussi à fermer l’œil de la nuit, trop préoccupé par tous les événements qui s’enchevêtraient dans son esprit. Il avait tenté d’y voir plus clair. Dans quelques jours, il allait épouser la femme qui occupait toutes ses pensées, celle qui avait changé sa vie dans le bon sens. Mais les derniers incidents le tracassaient. Cette fuite de gaz qui pulvérise sa maison, son bureau sans dessus dessous, et peut-être son appartement. Si tel était le cas, Taliah n’était pas en sécurité à la base.

 

- Il a quoi à la place des jambes, râla Baker d’une mine boudeuse, je suis sur les rotules.

- J’en sais rien, mais hier, ce n’était pas mieux, répondit Sanchez en reprenant son souffle, Isaac et moi, on avait un mal fou à le suivre. C’était comme s’il avait le vent dans le dos. Incroyable !

- J’espère qu’il a prévu une pause parce que je ne vais pas tenir longtemps, se plaignit Baker, ça fait des heures qu’on marche.

Il s’appuyait sur un bâton qu’il avait trouvé sur le chemin. Sa canne de fortune ne s’enfonçait plus aussi facilement dans la terre. D’ailleurs, la terre n’avait plus la même couleur et plus ils montaient, plus un froid insidieux s’engouffrait dans leurs vêtements. Certainement à cause des arbres qui se faisaient rares sur leur route.

- Baker ! Vous vous croyez en randonnée ou quoi ?! Pesta le sergent, virez-moi ce machin avant que je ne vous fracasse le crâne avec.

Sans attendre, le jeune soldat lâcha le bout de bois, gêné de voir tous les regards tournés vers lui. L’instructeur jeta un rapide coup d’œil vers la troupe et remarqua bien vite que les jeunes soldats semblaient à bout de souffle. Derrière lui, le chemin était plus étroit et la présence des arbres, qui les avaient protégés du vent glacial jusque là, diminuait au fur et à mesure qu’ils avançaient vers la montagne.

- Pause de quinze minutes ! Lança-t-il au grand soulagement des recrues. 

Ces derniers ne se firent pas prier. Certains cherchèrent un endroit où s’asseoir pour reprendre leur souffle, d’autres se libérèrent de ce fardeau qui leur causait d’horribles douleurs au dos et aux épaules. De son côté, Brad sortit ses jumelles et observa les alentours. Même si la ville de Phoenix était réputée pour ses hivers doux, il en était tout autre dans les hauteurs où la neige régnait en maître.

- Putain, c’est le seul à ne pas cracher ses poumons, rumina Sanchez, et ce type a presque douze ans de plus que nous.

- J’ai cinq ans de moins que lui, crut bon de remarquer Jones qui était le plus âgé des recrues, et je suis tout aussi épuisé que toi.

Sanchez lui adressa un regard sceptique.

- C’est l’expérience, intervint Rebecca qui massait ses mollets douloureux, il ne faut pas oublier que Levinson est passé par là lui aussi. Sans compter les missions qu’il a accomplies en douze ans.

- Ça me rappelle ce qu’a dit le caporal Fisher, laissa entendre Isaac d’un air pensif, je n’aimerais pas me battre avec le sergent.

La grande blonde étouffa un rire.

- Demande à ces deux lascars, pouffa-t-elle, Levinson les a séparés en pleine bagarre. Baker s’est retrouvé le cul au sol en une fraction de seconde.  

- Déconne pas ! Quand il m’a poussé contre la poutre, j’ai cru qu’il m’avait explosé les poumons, grimaça Sanchez en tapotant sur sa poitrine, ça a résonné là-dedans.

Baker secoua la tête d’un air de dépit.

- Et dire que Taliah et lui… Bon sang, c’est vraiment une brute, ce mec, fit-il en jetant un rapide coup d’œil vers le concerné. J’espère qu’il n’est pas comme ça avec elle. 

- Tu as vu la photo que le privé a pris, intervint Rebecca en s’installant entre eux, Taliah te semblait retenue contre sa volonté ?

-Oh bah non, mais…

- Au fait ! Coupa Sanchez en fronçant les sourcils, vous croyez qu’il a réglé le problème de l’ex-mari ? C’est vrai quoi ! On ne sait pas ce qui s’est passé et le sergent était vraiment très en retard hier.

- Tu crois que…

Baker ne finit pas sa phrase et leva un regard interrogateur vers l’instructeur.

- Je sais qu’il n’a pas dormi de la nuit ou peu, remarqua Isaac en soupirant, quand c’était mon tour de garde, il était assis près de sa tente. Il avait l’air… pensif… ou inquiet.

- Comment ça ?! Il y a une différence entre pensif et inquiet, lâcha Baker, c’était quoi au juste ?

Isaac haussa les épaules d’un air indifférent.

- Les deux peut-être. Je l’ai juste aperçu. Il était trois heures du matin et quand Joanna m’a remplacé, il n’avait pas bougé.

Baker allait encore protester contre les explications un peu vagues de son ami quand la voix grave du sergent le coupa dans son élan.

- On décolle ! Ordonna celui-ci en retirant ses gants, j’espère que vous avez bien apporté le nécessaire avec vous parce que dès que nous aurons quitté la forêt, attendez-vous à être agressé par la neige et le vent. Ça ne doit pas vous ralentir. Nous devons être à l’endroit prévu en fin d’après-midi. 

Il désigna la montagne et fit un cercle avec sa main.

- Nous allons contourner la montagne et attendre les hommes de Powers pour la prise d’assaut qui aura lieu avant la tombée de la nuit.

Chacun savait qu’il devait attaquer un camp, formé de soldats expérimentés. Mais après avoir crapahuté toute la journée dans cette forêt dense et s’apprêtant à grimper autour d’une montagne où le froid les attendait, dans quel état seront-ils pour l’assaut ? Brad repéra aisément celles et ceux qui n’étaient plus vraiment motivés.

Il savait que ce genre d’expérience forgeait le caractère et la détermination, mais aussi montrait les limites qu’un soldat était prêt à atteindre. L’Armée n’était pas une partie de rigolade. Il s’abstint de leur parler de la réalité. Celle où l’ennemi frappait sans pitié, profitant de la moindre faiblesse. 

- Monsieur, on pensait que c’était pour demain l’attaque, remarqua Sanchez au nom de tous.

- Vous croyez vraiment qu’en temps de guerre, on planifie une attaque d’un côté comme de l’autre histoire de satisfaire tout le monde, lança Levinson, on peut surprendre l’ennemi comme il peut nous attaquer à tout moment.

- Bah alors, on va attaquer par surprise ?!

- Exactement Baker, confirma l’instructeur, mais n’oubliez pas que ce sont des soldats expérimentés qui ont l’habitude de ce genre d’embuscade.

Il changea de gants pour une paire plus épaisse.

- Préparez-vous parce qu’on n’aura plus aucune pause avant d’être arrivés au point de rendez-vous. 

Les jeunes recrues l’imitèrent et si certains d’entre eux s’étaient demandé pourquoi ils devaient porter une cagoule sous le casque, la réponse ne leur tarda pas en regardant Levinson. Celui-ci s’était caché le visage avec la sienne, laissant seulement apparaître les yeux. Il fouilla dans une de ses poches et en sortit des lunettes de protection. Excepté sa haute stature et ses larges épaules, il était impossible de le reconnaître. Il balança son sac sur le dos sans le moindre effort et ouvrit la marche.

- Tu crois qu’avec cette allure, on va foutre la trouille aux ours ?

- Sanchez, il n’y a pas d’ours dans la région, lui fit remarquer Isaac alors que Baker commençait à regarder dans tous les sens.

Rebecca ne put réprimer un sourire devant l’attitude enfantine de ses amis.

 

 

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Date de dernière mise à jour : Jeu 20 Nov 2014

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